Le seigle d’Anglès, une variété locale à faire renaître
Le Parc naturel régional du Haut-Languedoc œuvre à la sauvegarde et à la valorisation des variétés agricoles locales et anciennes. Découvrez les initiatives menées avec les acteurs du territoire pour préserver ce patrimoine vivant et transmettre les savoir-faire associés.
Variété ancienne autrefois cultivée dans le Haut-Languedoc, le seigle d’Anglès avait totalement disparu des champs du territoire. Vingt ans après avoir mis ses graines à l’abri, le Parc naturel régional du Haut-Languedoc s’est lancé un défi : faire renaître cette céréale locale.
Des graines sauvegardées avant leur disparition
L’histoire commence en 2000. Le Parc récupère alors des échantillons de semences de céréales locales et les confie à l’INRAE afin d’en assurer la conservation.
Quelques années plus tard, le dernier agriculteur connu cultivant encore du seigle d’Anglès prend sa retraite. Sa dernière récolte étant très mauvaise, aucune quantité suffisante de graines ne peut être conservée pour poursuivre la culture. Le seigle d’Anglès disparaît alors des champs du Haut-Languedoc.
Mais ses graines, elles, ont été préservées.
100 grammes pour recommencer
Vingt ans plus tard, le Parc décide de faire renaître cette variété. En 2020, 100 grammes de semences conservées par l’INRAE sont récupérés afin d’entamer un patient travail de multiplication.
Le principe est simple : semer les graines disponibles, récolter davantage de semences, puis les ressemer l’année suivante. Année après année, des agriculteurs volontaires participent ainsi à cette multiplication avec un objectif à plus long terme : disposer de suffisamment de graines pour permettre au seigle d’Anglès de retrouver sa place dans les exploitations agricoles du territoire et, peut-être, voir apparaître un jour les premiers produits transformés issus de cette céréale locale.
Une multiplication qui demande du temps
Faire renaître une variété disparue des champs n’est cependant pas un long fleuve tranquille. Les dernières campagnes de multiplication ont été marquées par plusieurs difficultés : inondations de parcelles pendant l’hiver, conditions météorologiques défavorables ou encore apparition de l’ergot du seigle. Autant d’aléas qui ont conduit à des récoltes parfois décevantes.
Lors de la dernière campagne, sept agriculteurs, principalement des maraîchers, ont participé à l’aventure. Au total, 5 kg de semences ont été répartis et semés sur plusieurs exploitations, du Bousquet-d’Orb jusqu’à Cambounès.
Malgré les difficultés rencontrées, la quantité disponible augmente progressivement : le Parc dispose aujourd’hui d’une petite dizaine de kilos de semences à remettre en culture.
Agriculteurs et jardiniers réunis autour du seigle
Pour poursuivre cette multiplication, le Parc souhaite désormais élargir le cercle des participants.
De nombreuses structures spécialisées dans les semences paysannes associent déjà professionnels et amateurs à ce type de démarche. La multiplication et la sélection des semences demandent en effet du temps et une attention particulière, parfois difficiles à concilier avec les contraintes quotidiennes d’une exploitation agricole.
Pour la prochaine campagne, des jardiniers amateurs, notamment membres de l’association des Jardiniers du Parc, viendront donc renforcer les agriculteurs déjà engagés dans l’aventure.
Une manière de répartir les semences sur davantage de parcelles, mais aussi d’associer les habitants à la préservation de ce patrimoine agricole.
Demain, du seigle d’Anglès dans nos champs ?
L’enjeu est maintenant de poursuivre le travail engagé en ressemant les quelques kilos de graines disponibles pour constituer progressivement un stock suffisant et permettre, à terme, la réintroduction durable du seigle d’Anglès dans les cultures du Haut-Languedoc.
Et l’intérêt est déjà là : plusieurs agriculteurs spécialisés en grandes cultures ont fait savoir au Parc qu’ils souhaitaient eux aussi participer à sa multiplication.
De 100 grammes de graines conservées pendant vingt ans à plusieurs kilos aujourd’hui, le chemin parcouru est déjà important. Il faudra encore du temps et plusieurs récoltes avant que cette variété puisse retrouver pleinement les champs du Haut-Languedoc.
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